Point de vue

La Déclaration universelle des droits de la personne, et nous

En cette Journée internationale des droits de la personne, il convient de saluer le travail constant de toutes celles et de tous ceux qui contribuent à actualiser et à défendre la pertinence des dispositions qui ont été enchâssées dans ce document fondamental, certes, mais qui ne relève pas du sacré.

En effet, la pire manière de défendre les droits et libertés de la personne, 70 ans après leur déclaration universelle, serait de se contenter d’en référer aux dispositions de la DUDH de la même manière qu’on référerait aux dispositions d’un texte religieux hors duquel il ne peut exister de salut. Les garanties de la DUDH relèvent d’une démarche éminemment pragmatique et non pas d’un quelconque «droit naturel» qui serait figé dans le temps.

Un contre-pouvoir essentiel

Les objectifs poursuivis par les rédacteurs de ce texte fondamental – soit la consécration des principaux attributs des régimes démocratiques et la protection des individus et groupes minoritaires contre d’éventuels abus cautionnés par la majorité au sein des différents États qui composent la communauté internationale – doivent demeurer au cœur de la démarche de valorisation et de protection des droits et libertés de la personne.

Aujourd’hui plus que jamais, il convient de rappeler que les droits et libertés protégés par la DUDH – et par le large éventail de textes nationaux qui en ont découlé, comme les chartes canadienne et québécoise – appartiennent à l’ensemble de la population. Ils représentent un contre-pouvoir essentiel permettant de remettre en cause les décisions des titulaires de la puissance publique lorsque celles-ci s’écartent trop de ce qui est nécessaire au bien-être de l’ensemble de la population.

Merci, donc, à des organismes comme la Ligue des droits et libertés, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, la Commission canadienne des droits de la personne, Amnistie internationale Canada francophone et bonne Journée internationale des droits et libertés de la personne à toutes et à tous!

Ce texte est d’abord paru sur le site «Les blogues de Contact» de l’Université Laval. Pour participer à la discussion ou pour consulter les autres billets du site, rendez-vous ici: http://contact.ulaval.ca/blogues/. Les blogueurs conservent l’entière responsabilité des propos tenus dans leurs billets.

Louis-Philippe Lampron est professeur à la Faculté de droit. Détenteur d’un doctorat en cotutelle de l’Université Laval et de l’Université d’Avignon, il s’intéresse entre autres aux droits et libertés de la personne, aux aspects juridiques du pluralisme culturel ainsi qu’au droit public en général.

Point de vue

Droits des enfants: n’oubliez pas le rôle de la CDPDJ

Dans deux chroniques récentes (1er et 10 décembre), Mylène Moisan traite d’enjeux entourant la Direction de la protection de la jeunesse. Dans ses textes, elle mentionne le besoin d’un «véritable mécanisme de contrôle de la DPJ» et d’un «Défenseur des droits de l’enfant au Québec». Ces rôles faisant intégralement partie de la mission de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, il nous apparaît plus qu’important d’apporter les précisions suivantes pour comprendre que ces mécanismes existent déjà au Québec.

Tout d’abord, soulignons que la Commission compte notamment un poste de vice-président responsable plus particulièrement du mandat confié par la Loi sur la protection de la jeunesse ainsi que cinq membres susceptibles de contribuer d’une façon particulière à l’étude et à la solution des problèmes relatifs à la protection des droits de la jeunesse. Toutes ces personnes sont nommées par l’Assemblée nationale par un vote aux deux tiers, assurant ainsi leur impartialité et leur indépendance.

Dans les autres provinces et territoires du Canada, il existe l’équivalent d’un défenseur des droits des enfants qui exerce ses fonctions sous divers titres (défenseur, représentant, ombudsman, commissaire), mandaté par la loi de façon à pouvoir agir de manière indépendante du gouvernement, tout comme la Commission qui représente le Québec à titre de membre du Conseil canadien des défenseurs des enfants et des jeunes.

Il faut rappeler que la Commission dispose du pouvoir exceptionnel de saisir la Cour de la situation d’un enfant dont les droits sont lésés. La Commission exerce aussi un autre mandat en matière de droits des enfants, du fait qu’elle est en même temps une commission des droits de la personne. À ce titre, sa mission vise l’ensemble des droits reconnus par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec à toute personne, dont les enfants et les jeunes. Elle détient le pouvoir d’enquêter, sur demande ou de sa propre initiative, dans des cas de discrimination ou de lésions de droit les concernant et de voir à faire corriger toute atteinte à ces droits, ce qui inclut des enquêtes de nature systémique.

La Commission réalise également des études et des recherches et recommande au gouvernement toute mesure favorisant le respect des droits des enfants. Afin de réaliser sa mission jeunesse, la Commission s’occupe notamment de la promotion et du respect des droits des enfants les plus vulnérables de notre société, soit ceux pris en charge par les services de protection de la jeunesse. Elle inscrit son action dans une perspective globale de promotion et de défense des droits des enfants et de reconnaissance que les enfants sont des personnes à part entière qui ont des droits bien à eux et à qui il faut donner une voix. Elle place l’intérêt supérieur de l’enfant comme considération primordiale dans toutes les interventions le concernant.

Philippe-André Tessier, Président par intérim, Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse

Point de vue

Lancer de bonnes idées ou lancer des ballons?

En entrevue au journal «Le Soleil», le député Sol Zanetti souhaite que le développement portuaire de Québec (entendre le projet de terminal de conteneurs) puisse déménager «en dehors du centre urbain… pas très loin, sur la rive nord ou la rive sud du fleuve Saint-Laurent».

Manifestement, il y a ici méconnaissance totale des conditions de base pour une infrastructure portuaire d’envergure. Monsieur Zanetti sait-il que les sites potentiels pour l’établissement de ports en eaux profondes sur les rives du Saint-Laurent entre Québec et Rimouski sont déjà identifiés et cartographiés depuis longtemps et qu’ils se comptent sur les doigts d’une seule main?

Pas très loin de Québec sur la rive nord? Où ça? À Château-Richer ou Sainte-Anne de Beaupré? Impossible. Un porte-conteneurs, c’est bien autre chose que le Louis Joliette. De plus, une telle option ne changerait absolument rien en termes d’impacts sur le système de transport routier de la Capitale. Les centaines de camions/jour devant assurer la desserte du terminal seraient quand même contraints d’emprunter l’Autoroute de la Capitale pour se rendre vers l’ouest dans le but de gagner les ponts.

Quant à l’option «pas très loin sur rive sud», il n’y a que l’espace Rabaska comme site potentiel. Point final. Alors imaginons, comme écologistes, l’ampleur de l’impact environnemental relié à la construction d’une immense plate-forme de déchargement et d’entreposage à même le lit du fleuve dans cette zone très sensible. À l’époque du projet Rabaska, une simple prise de contact navire-oléoduc au bout d’une étroite jetée de 600 mètres dans le fleuve s’avérait déjà problématique. 

Pour une industrie de conteneurs comme celle projetée, il faut là encore aller jusqu’à 600 mètres dans le fleuve pour la construction de quais en eaux profondes. Ces derniers doivent pouvoir accueillir quelque 6000-9000 conteneurs à la fois. Imaginez l’espace terrestre que de telles activités nécessitent au chapitre de la capacité d’entreposage et des infrastructures dédiés à la remontée par camions pour se connecter aux circuits routiers nationaux. En raison de cette distance de 600 mètres pour se connecter à l’eau profonde, c’est potentiellement trois fois les 17 hectares actuellement prévus à Beauport comme superficie de plate-forme. Un peu de sérieux SVP.

Il y a une réalité qu’il faudra un jour admettre: dans la région de Québec, la géographie du fleuve et le système de transport routier ne laissent pas réellement de place pour une industrie portuaire industrielle lourde du type de celles actuellement promues par l’Administration portuaire de Québec. À moins de vouloir à tout prix un projet insensé.

Pierre-Paul Sénéchal, Président du GIRAM

Point de vue

La forêt pour contrer les changements climatiques

Depuis l’élection du nouveau gouvernement, la gestion du Fonds vert est dans l’actualité. Avec une dépense annuelle de près de 700 millions $ en 2017-2018, le potentiel du Fonds vert en tant qu’outil de lutte contre les changements climatiques est énorme. Il est donc normal qu’on s’interroge sur la pertinence de l’utilisation des sommes en jeu.

Le Québec a fait le choix de percevoir des redevances, d’établir un marché du carbone et de se doter de moyens pour lutter contre les changements climatiques et nous appuyons cette décision. Il s’agit maintenant de choisir les meilleures façons pour atteindre nos objectifs collectifs, ne pas concentrer les investissements dans quelques agglomérations et permettre au plus grand nombre de profiter de ses retombées.

Ces dernières semaines, on souligne avec raison que les transports constituent la principale source de la hausse des émissions des gaz à effets de serre au Québec. Les données sont claires et cette question accapare une grande partie de l’attention des médias en raison du rôle de la voiture dans nos sociétés modernes et des problèmes de congestion qui affectent un grand nombre de nos concitoyens. Le gouvernement doit donc prendre des mesures pour s’attaquer à ce problème et nous croyons que l’offre en transports collectifs doit être améliorée.

Toutefois, les régions ont également voix au chapitre et la captation de ces gaz doit aussi faire partie de la solution.

Le Québec fait déjà mieux que les autres grâce à l’hydroélectricité. Mais il pourrait améliorer davantage son bilan en profitant de l’énorme potentiel que représentent ses forêts. En effet, chaque arbre étant un puissant capteur de carbone et les forêts couvrant déjà près de 50 % du territoire québécois, des investissements sylvicoles à grande échelle constitueraient un moyen particulièrement efficace pour la lutte contre les changements climatiques. 

Les experts sont unanimes à ce chapitre : un effort massif de reboisement permettrait au Québec d’éliminer encore plus de gaz à effet de serre et de diminuer sensiblement son empreinte carbone. C’est d’ailleurs ce que proposait le Forestier en chef dans son rapport de décembre 2017 : «Le gouvernement du Québec doit compter sur le potentiel de contribution de la forêt dans l’atteinte des cibles de réduction des gaz à effet de serre. […] L’intensification de l’aménagement forestier et l’augmentation de l’utilisation du bois font partie des stratégies internationales reconnues dans la lutte aux changements climatiques.»

Cet effort favoriserait aussi la régénérescence de nos forêts et une utilisation optimale du territoire bénéfique pour le développement économique des communautés qui forment le Québec des régions. Une stratégie gagnante devant comporter plusieurs moyens, le gouvernement du Québec doit reconnaître la forêt comme vecteur essentiel de la lutte contre les changements climatiques et consacrer une partie importante du Fonds vert à des investissements accrus afin d’augmenter la possibilité forestière de nos territoires, et ainsi accroître la culture, la récolte et la production. Tous les Québécois, ceux qui vivent de la forêt et ceux qui la fréquentent, en sortiraient gagnants.

À titre de porte-parole des régions, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) demande donc à la ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, MarieChantal Chassé, d’utiliser le Fonds vert pour accroître de façon importante les travaux sylvicoles partout au Québec.

Jacques Demers, maire de Saint-Catherine-de-Hatley, préfet de la MRC de Memphrémagog, président de la FQM

Yvon Soucy, préfet de la MRC de Kamouraska, premier vice-président de la FQM, président du Regroupement des communautés forestières et porte-parole de la campagne Une forêt de possibilités

Point de vue

OPTILAB ou le gâchis qu’on peut encore éviter

Il y a une dizaine de jours, loin des projecteurs, le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Chaudière-Appalaches (CISSS) a annoncé le transfert, le 14 janvier prochain, de la quasi-totalité des analyses de pathologie des laboratoires de l’Hôpital de Saint-Georges-de-Beauce vers ceux de l’Hôtel-Dieu de Lévis. Le CISSS fait ainsi un pas de plus dans l’application de la réforme qu’on appelle OPTILAB.

Au printemps dernier, OPTILAB a défrayé les manchettes dans Le Soleil à cause de retards considérables dans l’analyse des prélèvements. Quelque 2300 échantillons de routine, devant normalement être analysés dans un délai de 15 jours, étaient en attente depuis des semaines, sinon des mois, rapportait notamment Le Soleil. Évidemment, les patients, eux, ont dû attendre leurs résultats.

Le CISSS avait alors tenté tant bien que mal de justifier les ratés de l’opération. Il a dû réquisitionner les laboratoires de tous ses hôpitaux pour rattraper les retards, louer et emprunter des équipements, solliciter des quarts de travail supplémentaires auprès de ses technologistes médicales et faire appel à un sous-traitant, Dynacare, aux frais des contribuables.

Avec le transfert récemment annoncé, on peut d’ores et déjà anticiper les problèmes que va provoquer l’augmentation considérable du volume d’analyses transféré de Saint-Georges à Lévis. Un autre cafouillage est malheureusement à prévoir. Pariez que Dynacare viendra à la rescousse encore une fois. Une autre facture en vue pour les contribuables, et les patients risqueront encore d’attendre.

La situation a quelque chose d’ironique : OPTILAB, comme son nom l’indique, a la prétention d’optimiser les processus de laboratoire. À vous de juger… L’Alliance du personnel professionnel et technique du réseau de la santé et des services sociaux (APTS) dénonce depuis le début cette énième réforme du DBarrette qui vise à démanteler la plupart des laboratoires dans les hôpitaux du Québec pour centraliser les analyses dans quelques établissements seulement.

Comme tous les projets de l’ancien ministre de la Santé et des Services sociaux, OPTILAB est une réforme mise de l’avant dans le manque le plus total de transparence. Un projet mené pédale au fond sans aucune consultation, un projet imposé et mal ficelé. Un projet dont les bénéfices, sur papier, n’ont jamais été démontrés. OPTILAB, c’est la méthode bulldozer! Un gâchis assuré, ont mis en garde des centaines d’intervenants de tous les horizons.

De fait, tous ceux et celles qui connaissent le dossier de près ou de loin dénoncent cette réforme : les technologistes médicales regroupées sous la bannière de l’APTS, de nombreux médecins généralistes et spécialistes, plus d’une centaine de villes et municipalités, les partis de l’opposition (sauf les libéraux), etc. La réprobation est unanime. Une pétition lancée par l’APTS et demandant un moratoire a d’ailleurs récolté quelque 20 000 signatures.

Même le nouveau premier ministre a une opinion bien arrêtée sur le sujet. «On est contre le projet OPTILAB, a déclaré François Legault à l’hebdomadaire Les 2 Rives durant la dernière campagne électorale. Les emplois seront transférés alors qu’on a besoin plus que jamais d’avoir des emplois bien payés en région. C’est inacceptable», a-t-il tranché.

En fait, un des seuls, sinon le seul, pour qui la réforme apparaît encore acceptable est le CISSS Chaudière-Appalaches, qui s’obstine encore à aller de l’avant. Partout en province, OPTILAB semble sur pause. Si le cafouillage anticipé s’avère au matin du 14 janvier 2019, il sera aussi le seul à en porter l’odieux. Politiquement.

Jean-François Travers, représentant national – Chaudière-Appalaches, Alliance du personnel professionnel et technique du réseau de la santé et des services sociaux (APTS)

Point de vue

Oui à une politique des aînés!

Il y a quelques années, dans une lettre ouverte, nous rapportions des situations touchant la santé et la sécurité des aînés au Québec : fermeture de lits dans les CH, temps d’attente aux urgences, fonctionnement déficient des GMF, accès difficile aux médecins de famille, difficultés de recevoir des soins spécialisés en région, manque de soins palliatifs et de fin de vie à domicile, manque de formation au personnel en CHSLD, soins et services à domicile déficients, lacunes au niveau de la sécurité dans les maisons d’hébergement, abus et maltraitance, etc.

Aujourd’hui, qu’observons-nous? À quelques exceptions près, les mêmes déficiences perdurent et certaines s’aggravent comme la pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs qui touchent les aînés, bris de services spécialisés dans certains CH. On a modifié la structure, tenté d’apporter des correctifs ici et là, mais malheureusement, sans coordination apparente. De plus, nous constatons que la situation financière de beaucoup d’aînés est précaire et que plusieurs s’appauvrissent davantage. L’augmentation des rentes est inférieure à la hausse du coût de la vie.

En octobre 2007, au Bas-Saint-Laurent, lors d’une rencontre à laquelle j’assistais, la ministre responsable des aînés au gouvernement de l’époque, Marguerite Blais, disait ceci : «On se rend bien compte, en parcourant le Québec, que nous avons l’obligation de nous donner une vision beaucoup plus large des conditions de vie de nos aînés [...] de voir comment notre société veut accueillir ces aînés et ces familles donc, de développer une vision prospective, et peut-être aller jusqu’à une politique des aînés. En tout cas, nous sommes dans ce mode de réflexion-là.»

Or, aujourd’hui, que dirait Mme Blais, qui est à nouveau ministre responsable des aînés sous le nouveau gouvernement en place? Elle pourrait possiblement répéter le même message qu’en 2007.

Nous savons tous que d’ici quelques années, l’espérance de vie n’aura pas diminué et que 25 % de la population du Québec aura plus de 65 ans.

Selon moi — et je ne suis pas le seul —, le nouveau gouvernement doit mettre en place rapidement un vaste chantier sur la question. Il lui faut réunir les ministères et les organismes concernés, les intervenants sociaux-économiques, le monde médical, les associations et les regroupements de citoyens impliqués afin d’en arriver à un plan global et concerté à propos de cette problématique à laquelle nous faisons face.

Il faut bouger! Le temps presse, il y a urgence!

Normand Bérubé, membre de l’Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic, Matane

Point de vue

Côte de Sillery: le belvédère doit mieux s’intégrer

Lettre à Marie-Claire Ouellet, pdg de la CCNQ

En descendant à pied la côte de Sillery ce matin, j’ai pris connaissance de votre projet de belvédère. Quelle bonne idée que cet aménagement qui permettra aux marcheurs de s’arrêter pour contempler le fleuve Saint-Laurent et le paysage qu’il sillonne tout du long. La Commission de la Capitale nationale nous a donné au fil des ans de belles réalisations dont la promenade Champlain qui signe maintenant l’entrée à Québec par le boulevard du même nom.

Malheureusement, pour ce projet de belvédère, vous avez retenu, selon moi, une proposition dont l’architecture est inutile pour donner accès à un magnifique point de vue. La structure blanche surmontant l’assise du belvédère proprement dit n’apporte rien à l’accessibilité; elle est même une obstruction pour l’œil qui regarde, et de loin, elle sera une construction qui dépareillera la côte et son promontoire. Déjà que les travaux d’amélioration apportés à la structure de la côte incluent maintenant un éclairage de nuit inutile tant sur le plan de l’accessibilité que de la sécurité, il ne faut pas en ajouter davantage.

Rappelons-nous les aménagements faits sur les quais du Vieux-Port en 1984 : des structures de métal peintes en rouge qui ne s’intégraient nullement à leur environnement, dont on se demandait à quoi elles servaient, ce qu’elles faisaient là; d’ailleurs elles ont fini par être démolies. Ne répétons pas une erreur semblable.

L’aménagement doit être au service du territoire et des citoyens, s’intégrer harmonieusement à l’environnement naturel et déjà bâti, le mettre en valeur. Si une œuvre d’art a le projet d’être visible et porteuse d’un discours, les plus grandes réussites d’aménagement du territoire font preuve de discrétion pour valoriser l’objet de leur action.

Pendant qu’il en est encore temps, merci de revoir votre décision et de proposer aux citoyens un projet de belvédère simple, intemporel, utilisant des matériaux de qualité qui passeront à travers le temps; l’ajout de quelques bancs pour les marcheurs serait apprécié.

Un belvédère est fait pour voir et non pour être vu.

Paule Bussières, Québec

Point de vue

Pourquoi un tramway à Québec et un métro à Montréal?

Comment peut-on faire preuve d’autant de laxisme et de rêveries dans la préparation et le choix d’un projet aussi important?

Ce n’est certainement pas parce que le climat de Québec est rude et désagréable, limitant davantage le déplacement de nos aînés et des personnes à mobilité réduite qui se trouveront dans le rayon de 800 mètres desservi par le tramway. Ni pour sa capacité, contrairement à la versatilité d’un métro, de bien desservir les principaux centres d’activités de notre ville puisqu’il doit emprunter nos principales voies de circulation suffisamment larges pour en permettre l’installation, mais qu’il faut refaire.

Ni pour la garantie d’un service rapide et efficace en circulant à 70 km/h le long du boulevard Pie-XII et à 50 km/h sur une plateforme surélevée d’environ six pouces dans le reste de la ville, accessible à tous, sur laquelle on nous a informés que tous les véhicules d’urgence pourront circuler prioritairement. Ces objectifs sont d’autant plus irréalistes qu’il y a 60 passages à niveau non protégés, munis de feux de circulation sur le parcours choisi et que 5000 passagers devront traverser, aller-retour, les voies de circulation automobiles très achalandées la bordant, à chacune des heures de pointe. Un sérieux problème de sécurité publique s’annonce.

Ni pour plaire aux milliers de citoyens riverains, qui souffriront de la pollution sonore produite par le tramway ou de la perte d’une partie de leur cour arrière comme ceux qui résident sur le boulevard Pie-XII, et des quartiers limitrophes dont les rues résidentielles seront envahies par les véhicules qui chercheront à éviter la congestion routière et les virages à gauche rares et hasardeux qu’il engendrera. Sans oublier les impacts majeurs sur les gens d’affaires qui perdront les stationnements (1130) sur rues, un peu partout le long de son parcours, face à leurs commerces, et dont ils ont besoin pour en assurer la rentabilité ou qui seront tout simplement expropriés.

Contrairement à la mise en place d’un métro financé entièrement par les gouvernements supérieurs, la Ville de Québec prévoit être obligée de dépenser 300 millions $ pour les aménagements extérieurs et les multiples expropriations prévues pour passer le tramway. Ce montant représente environ 22 % de son budget annuel. À titre d’exemple pour un payeur de taxes : sur un compte de taxes de 5000$, 1100$ seront consacrés à des coûts reliés au tramway. Le fait d’étaler ce montant sur plusieurs années n’y change rien. Les propriétaires immobiliers transmettront évidemment ce fardeau supplémentaire à leurs locataires.

Un métro permettrait en outre de conserver les emplois pour la construction de ses rames chez nous. L’appel d’offres pourrait spécifier toutes les caractéristiques des rames Azur du métro de Mont­réal, présentement construites à La Pocatière par Bombardier, ce qui en réduirait le coût, éliminant en pratique la concurrence étrangère, ce qu’on ne pourra pas faire pour l’achat des rames de tramway.

Deux raisons ont été données pour le choix du tramway. La première a trait à la vue extérieure pour les passagers du tramway. Quant à moi, je préfère un métro éclairé à l’intérieur, roulant sur pneumatique, dans lequel je pourrai me rendre à destination en douceur en moins de 15 minutes, à un tramway roulant fer sur fer, beaucoup plus lent, en grelottant chaque fois que les portes s’ouvriront l’hiver tout en voyant le panorama à travers des fenêtres recouvertes de gadoue.

La deuxième est liée aux coûts. Aucune étude sérieuse n’a été faite à ce sujet par la Ville. Son porte-parole a dit lors de la première consultation publique tenue à Sainte-Foy qu’un tramway souterrain (métro) coûtait 150 millions $ du kilomètre à construire, alors que la Ville avançait une estimation de 200 millions $ sur son site Internet.

Jean Guilbault, ex-conseiller municipal, district Laurentien

Point de vue

Une séance permanente d’improvisation caquiste

Bien sûr, le gouvernement dirigé par M. Legault est encore tout jeune et, comme on dit souvent, il faut laisser la chance au coureur. Toutefois, l’observateur de la scène politique ne peut pas s’empêcher, devant ses premiers gestes et les premiers projets de loi annoncés par ses ministres, de s’inquiéter devant ce qui apparaît comme une séance permanente d’improvisation.

Bien sûr, le gouvernement dirigé par M. Legault est encore tout jeune et, comme on dit souvent, il faut laisser la chance au coureur. Toutefois, l’observateur de la scène politique ne peut pas s’empêcher, devant ses premiers gestes et les premiers projets de loi annoncés par ses ministres, de s’inquiéter devant ce qui apparaît comme une séance permanente d’improvisation.

Point de vue

Les techniciennes, piliers de la pratique infirmière au Québec

En réaction à l’article «Baccalauréat obligatoire pour les infirmières: le débat est relancé» de la journaliste Élisabeth Fleury, paru le 5 décembre

Au lieu de tendre la main aux infirmières techniciennes formées au sein du réseau collégial, le nouveau président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Luc Mathieu, semble enclin à leur déclarer la guerre et à polariser le débat sur la formation et la profession infirmières au Québec. Il est pour le moins étonnant qu’un ordre professionnel se permette de dénigrer ainsi la majorité de ses membres. Quelle est la vraie motivation de l’Ordre? On peut se poser la question.

Dans sa première sortie publique, telle que rapportée mercredi par la journaliste Élisabeth Fleury dans les pages du Soleil, M. Mathieu reprend en effet un vieux cheval de bataille de l’OIIQ, soit le rehaussement de la formation infirmière qui ne peut se faire, selon lui, que par le baccalauréat obligatoire. Il faut dire que, tout en répétant de vieux arguments maintes fois entendus, auxquels la Fédération des cégeps a déjà répondu, le nouveau président de l’Ordre fait aussi preuve d’une certaine originalité: il accuse maintenant les infirmières techniciennes, déjà surchargées, d’être les grandes responsables de certains des maux de notre système de santé, dont rien de moins que la pénurie de main-d’œuvre! En somme, selon cette hypothèse inédite, les infirmiers et les infirmières titulaires du DEC technique créeraient «artificiellement» cette pénurie en n’arrivant pas à pourvoir les postes affichés en santé au Québec, car la majorité de ces postes exigeraient un BAC. C’est du moins ce que M. Mathieu dit avoir entendu «en coulisse».

Les infirmières techniciennes ont beau avoir le dos large, assez, c’est assez.

Car non seulement ces accusations ne tiennent pas la route sur le plan des faits, mais en plus elles dévalorisent les infirmières techniciennes qui travaillent nuit et jour dans le réseau auprès des patients et des malades aux quatre coins du Québec. Alors qu’elles composent la majorité du personnel infirmier dans le système public et doivent exercer dans des conditions de plus en plus difficiles, on laisse planer le doute quant à leurs compétences en les comparant à leurs collègues infirmières détentrices d’un baccalauréat. Pourtant, le Québec ne peut se passer des infirmières formées dans les collèges: tant les infirmières bachelières que les techniciennes ont leur place dans le système de santé québécois, un des meilleurs au monde malgré les défis auxquels il est confronté.

On peut du même coup répondre une fois de plus à l’argument éculé de l’OIIQ qui consiste à comparer notre système de santé avec celui des autres provinces canadiennes et des pays européens où l’ensemble des infirmières doivent avoir une formation universitaire obligatoire: pourquoi évacuer du débat les réalités propres au Québec que sont l’existence du cégep et celle de sa formation collégiale en soins infirmiers?

Les cégeps forment des infirmières parfaitement qualifiées dont les compétences n’ont jamais été remises en question. Plus encore, celles-ci sont appelées à jouer un rôle important dans l’évolution de notre système de santé et de notre société. À ce sujet, rappelons que les activités d’apprentissage faisant partie du programme technique Soins infirmiers ont rapidement été adaptées pour répondre aux défis de notre société vieillissante, notamment en intégrant de nouvelles technologies de pointe comme les mannequins simulateurs haute fidélité qui permettent aux étudiantes d’expérimenter différents scénarios très complexes en complément de leurs stages dans les établissements de santé. Ce sont les mêmes dispositifs technologiques qui sont utilisés par les grandes universités canadiennes pour la formation des bachelières. Rappelons aussi que le programme technique est offert dans 46 établissements du réseau collégial public du Québec, ce qui demeure la meilleure garantie pour éviter une rupture de services en région. Il est pour le moins étonnant qu’un ordre professionnel qui se devrait de protéger le public ne soit pas sensible à cette question fondamentale.

Par ailleurs, la Fédération des cégeps est, comme plusieurs autres acteurs concernés par la formation infirmière et l’amélioration du système de santé publique québécois, en attente des résultats de l’étude sectorielle prospective commandée par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et par le ministère de la Santé et des Services sociaux, il y a quelque temps déjà, au sujet de la filière infirmière.

Plutôt que de se baser sur des ouï-dire et des jeux de «coulisse», il nous semble judicieux d’attendre la publication des faits saillants de cette étude avant d’en venir à des conclusions hâtives qui risquent de mettre en péril un système déjà fragilisé par les récents changements organisationnels et structurels en son sein. N’oublions pas que notre système de santé et de services sociaux, ce sont les infirmières qui, pour une bonne part, le tiennent à bout de bras.

En attendant, cela n’empêche nullement les partenaires de la formation et de la profession infirmières de s’asseoir ensemble pour tenter de trouver des solutions constructives et rassembleuses aux problèmes de recrutement et de rétention du personnel qui affectent notre système de santé publique. Ce sera à coup sûr plus productif que de dénigrer des infirmières sur les épaules desquelles repose, quotidiennement, son bon fonctionnement.

Bernard Tremblay, Président-directeur général Fédération des cégeps